La scène se déroule à Saint-Esprit, dans l'antre du Secours catholique, au calme avec vue sur un petit jardin. Marie* fréquente les lieux depuis l'ouverture, en février 2024. "Je suis d'abord venue chercher de l'aide, des vêtements, des draps, des produits d'hygiène, à un moment où je me suis retrouvée isolée, suite à des violences intra-familiales. Cela fait des décennies que je connais l'association, j'étais donc en confiance en poussant la porte. Et comme je m'intéresse à l'art - j'avais suivi des études dans ce domaine, on m'a proposé de participer à l'Atelier des artistes de la rue, qu'anime Dominique."
Elle y est régulière. Cet après-midi de créativité, baigné de douceur et de bienveillance, est une respiration. Elle y fait aussi connaissance avec d'autres générations, d'autres expériences aussi. Anthony est plus jeune. Il a perdu pieds il y a quelques années, quand sa mère est tombée dans le coma. Trop jeune pour rebondir et entrer dans le moule d'une société aux cadres serrés. Habitué à vivre de peu, il a pourtant continué à dessiner. "J'ai commencé par imiter mes sœurs, quand j'avais six ans, puis j'ai peint des fresques, explique le jeune homme aujourd'hui âgé de 26 ans. C'est moi qui ai réalisé la fresque des Compagnons du devoir, à Anglet, poursuit-il avec fierté, mais c'est devenu difficile de m'exercer au quotidien, parce que je navigue de colocs en colocs..." Sans domicile fixe.
Invité au Didam par un ami lors d'une exposition du festival Points de vue, il a été séduit par le lieu et son parti-pris. Et c'est avec un brin d'audace qu'il a demandé à rencontré les organisatrices, à qui il a parlé de L'Atelier des artistes de la rue et proposé d'investir une des cimaises. C'est chose faite : jusqu'au 23 mars, les dessins des sept artistes, pionniers de l'Atelier, sont à découvrir en même temps que l'expo photo consacrée à Guillaume Fauveau.
Dominique, l'intervenante sollicitée pour conseiller le groupe, a également des idées pour maintenir la dynamique. "J'aimerais les amener à Bordeaux, pour visiter les Bassins de lumières. C'est un lieu fantastique. Autres sources d'inspiration, les couchers de soleil sur l'océan : une sortie simple à organiser qui favorisera leur créativité. Pour le reste, le mot d'ordre est simple : laisser faire, rester à l'écoute et si besoin suggérer. Et à certains, simplement donner confiance, car ils sont doués."
*Le prénom a été modifié
Didam, 6 quai de Lesseps. Ouvert du mardi au dimanche, de 13h à 18h30
Porté par une collaboration solidaire entre plusieurs organisations engagées : le Secours Catholique, l’Ordre de Malte, la Croix-Rouge et le Point Accueil Jour, l’Atelier des artistes de la rue se tient chaque jeudi après-midi dans les locaux du Secours Catholique. Il est ouvert aux personnes sans domicile fixe, qui peuvent y stocker leurs dessins et se faire gratuitement prêter du matériel.